Surdité cachée, un anticorps prometteur pour contrer la baisse de l’audition

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Une étude réalisée par deux lauréats de la Fondation Pour l'Audition démontre qu'il est possible de restaurer les synapses.

Recherche (10/01/2022)

Résumé

Une nouvelle étude soutenue par la Fondation Pour l’Audition montre qu’il est possible de restaurer les synapses, ces points de contact entre l’oreille interne et les neurones. Leur détérioration est à l’origine de la baisse de l’audition observée dans les surdités cachées.

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Explications et enjeux de cette découverte avec les Docteurs Nevoux et Alexandru, lauréats de la Fondation Pour l’Audition pour leurs travaux conduits en collaboration avec le Professeur Albert Edge au Massachusetts Eye and Ear Infirmary (faculté de médecine de Harvard) à Boston aux États-Unis.

La baisse de l’audition se produit lorsque les ondes sonores parvenant à l’oreille interne ne sont plus transmises au cerveau. Cette atteinte peut être due à la destruction des cellules ciliées de l’oreille interne, qui transforment le signal acoustique en signal électrique, ou à une atteinte des neurones, qui transfèrent ensuite ce signal électrique au cerveau via le nerf auditif. Le passage de l’information entre les cellules ciliées et les neurones se fait au travers de structures de connexion particulières, les synapses. Récemment, il a été montré que ces synapses sont très fragiles. Leur disparition avec l’exposition chronique au bruit conduit à la déconnexion entre neurones et cellules ciliées, on parle alors de surdité cachée. Cette appellation vient du fait qu’elle est impossible à diagnostiquer par les tests auditifs standards. Tout premier stade de la baisse d’audition, elle se traduit par des difficultés à percevoir la parole dans le bruit.

Régénérer les connexions perdues

« Avec le Pr Edge, qui nous a accueillis successivement avec Mihaela Alexandru dans son laboratoire au sein de la faculté de médecine de Harvard, à Boston, nous avons souhaité développer un projet visant à régénérer les connexions entre les cellules ciliées et les neurones, explique Jérôme Nevoux. L’objectif à terme : mettre au point un traitement pour les surdités cachées. »

Mihaela Alexandru précise : « En 2013, l’équipe du Pr Edge avait découvert qu’il était possible de stimuler la formation de synapses entre des cellules ciliées et des neurones en culture en bloquant l’activité d’une protéine présente dans l’oreille interne, nommée RGMa (pour Repulsive Guidance Molecule type a). » Jérôme Nevoux justifie : « Quand la synapse est altérée, le neurone qui était connecté à la cellule ciliée se rétracte. Mais il cherche naturellement à se reconnecter. Or la protéine RGMa a pour fonction de bloquer ce processus. Cette capacité est indispensable au cours de la formation du système nerveux, mais ici, elle empêche la reconnexion qui pourrait avoir lieu. » Les travaux de postdoctorat de Jérôme Nevoux, puis ceux de Master 2 de Mihaela Alexandru se sont inscrits dans la continuité de ces recherches initiées par le Pr Edge.

Une restauration effective de l’audition

La stratégie des deux médecins a consisté à utiliser un anticorps capable de neutraliser la protéine RGMa. Son administration dans l’oreille de souris de laboratoire reproduisant la surdité cachée a effectivement conduit à la régénération des connexions entre les cellules ciliées et les neurones. « Ces résultats, observés avec un microscope très perfectionné, ont été confirmés par des tests auditifs, résume Jérôme Nevoux. Comme cet anticorps a déjà été utilisé dans d’autres applications chez l’humain, un protocole thérapeutique avec injection directe dans l’oreille interne pourrait être développé assez rapidement. Reste encore à vérifier si l’intervalle de temps long entre le début des symptômes et le traitement – comme nous le voyons dans l’exercice médical quotidien –, permet une régénération aussi efficace que celle que nous avons observée dans notre modèle expérimental. Mais je crois en l’avenir de ce type de thérapie de l’oreille interne ! » Mihaela Alexandru de conclure : « À terme, nous espérons intervenir très tôt, dès qu’il y a une gêne auditive dans le bruit et avant même la perte d’audition. Il s’agirait d’une avancée importante car il n’existe à ce jour aucun traitement curatif disponible pour ces patients, à qui on peut seulement proposer des aides auditives. C’est un espoir pour enrayer l’augmentation des cas de surdités, due à une exposition croissante au bruit. »

Source :

Nevoux, J., Alexandru, M., Bellocq, T. et al. An antibody to RGMa promotes regeneration of cochlear synapses after noise exposure. Sci Rep 11, 2937 (2021). https://doi.org/10.1038/s41598-021-81294-5.

Citation
Le soutien de la Fondation pour l’Audition a joué un rôle central dans ce projet, en me permettant d’effectuer un an de postdoctorat dans le laboratoire du Pr Edge au sein de la faculté de médecine de Harvard à Boston. Outre la collaboration avec le Pr Edge, qui se poursuit, cette expérience postdoctorale a enrichi mon parcours et permis de démarrer de nouveaux projets avec d’autres chercheurs dans le monde.
Auteur
Jérôme Nevoux, Chirurgien ORL et médecin-chercheur dans le service d'ORL de l’hôpital Bicêtre (Val-de-Marne), Responsable du Centre d’implantation cochléaire adulte de l’hôpital Bicêtre
Citation
Grâce à la Fondation pour l’Audition, j’ai réalisé en 2019 mes travaux de Master 2 dans le laboratoire d’excellence du Pr Edge et sous la direction du Dr Jérôme Nevoux. Je me suis d’ailleurs découvert une passion pour la recherche, que je vais poursuivre de manière complémentaire à mes activités de chirurgien ORL en réalisant une thèse de doctorat de sciences.
Auteur
Mihaela Alexandru, Chirurgien ORL dans le service d'ORL de l’hôpital Bicêtre (Val-de-Marne)