Sahar Moghimi
Le Prix Émergence Scientifique pour la recherche clinique 2026 de la Fondation Pour l’Audition est attribué à la Pre Sahar Moghimi pour ses travaux sur le cerveau des bébés prématurés. Avec son équipe à Amiens, elle décrypte comment, dès le troisième trimestre de grossesse, le cerveau traite les rythmes dans les sons.
Ses travaux
Sahar Moghimi s’intéresse à un sujet essentiel : comment notre cerveau perçoit les rythmes et les sons qui nous entourent. Après plusieurs années à travailler chez l’adulte, une question s’impose peu à peu à la chercheuse : si le cerveau adulte est si sensible au rythme, que se passe-t-il au tout début de la vie, lorsque le cerveau est en pleine construction ?
Avant même la naissance, l’univers du fœtus est profondément rythmé, par les battements du cœur de sa mère, sa respiration, les mouvements réguliers, mais aussi, progressivement, les sons en provenance de l’environnement. Pour comprendre comment le cerveau se développe face à toute cette richesse, Sahar Moghimi et son équipe ont choisi d’étudier le cas des nouveau-nés prématurés, qui vivent une partie du dernier trimestre de la grossesse en dehors du ventre de leur mère, alors qu’ils commencent tout juste à se connecter au monde extérieur.
En combinant des enregistrements très précis de l’activité cérébrale avec l’écoute de séquences de sons réguliers chez plus de 200 bébés prématurés, la chercheuse et ses collègues ont montré pour la première fois qu’au cours du troisième trimestre de grossesse, le cerveau est déjà capable de déchiffrer des rythmes. D’abord, il suit les battements rapides, puis, au fil des semaines, il apprend à regrouper ces battements en rythmes plus lents et en motifs plus complexes. Ces découvertes témoignent qu’il s’agit d’une période clé pour la construction de l’audition. Elles suggèrent aussi que cet apprentissage du rythme pourrait jouer un rôle important dans d’autres fonctions, comme la motricité ou la communication.
Les recherches de Sahar Moghimi ne s’arrêtent pas à ce constat. La chercheuse coordonne aujourd’hui un programme qui suit sur le long terme des enfants nés prématurément, pour voir comment leur environnement sonore dès les premières semaines de vie influence leur développement. L’objectif est clair : identifier si des interventions musicales rythmées à l’hôpital aident au développement cérébral et comportemental de ces enfants jusqu’à leurs 18 mois. À terme, ces travaux pourraient aider les équipes soignantes à créer des cadres mieux adaptés et plus protecteurs pour les bébés prématurés.
Son parcours
Originaire d’Iran, Sahar Moghimi se forme d’abord à l’ingénierie électrique, un domaine où l’on apprend à analyser des signaux complexes. Après sa thèse, elle rejoint l’Université Ferdowsi de Mashhad, où elle devient enseignante-chercheuse en génie électrique. Elle dirige ensuite, entre 2015 et 2020, un laboratoire au Rayan Center for Neuroscience and Behavior, où elle analyse l’activité du cerveau adulte pendant l’écoute de musique et de sons. En souhaitant remonter à l’origine de ces mécanismes, dès la naissance et même avant, elle démarre en 2020 une collaboration avec l’équipe du Pr Fabrice Wallois, spécialisée dans l’étude du cerveau de l’enfant à l’Université de Picardie Jules Vernes (UPJV). Elle y est chercheuse invitée, puis obtient une chaire de professeur junior. Aujourd’hui, elle est directrice de l’unité Inserm U1105 « Groupe de recherches sur l’analyse multimodale de la fonction cérébrale » rattachée à l’UPJV et à l’hôpital d’Amiens. Elle pilote plusieurs projets d’envergure internationale autour de l’audition des prématurés et de l’analyse des signaux électriques du cerveau.
Le cerveau des prématurés peut déjà décoder les rythmes
La capacité à décoder la structure rythmique de l’information auditive est importante pour le développement du langage, l’écoute de la musique et les interactions sociales.
Le projet de la Pre Sahar Moghimi a été soutenu par le Groupe Dassault qui a fait confiance à la sélection faite par le Conseil scientifique de la Fondation Pour l'Audition.