"Tout ce que j’ai vécu, je l’ai transformé en force"

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Témoignage.

Témoignages (05/05/2020)

Résumé

De Rose Paynel.
Je m’appelle Rose Paynel, j’ai 19 ans, j’habite à Paris et je suis en deuxième année de licence en économie et gestion à l’université Panthéon-Assas. Voici mon histoire. 

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"Je suis née malentendante mais les médecins ne l’ont jamais vu jusqu’à l’âge de 7 ans. 

Pendant 7 ans, je ne savais pas que ce silence dans lequel j’étais, et cette peur du monde, étaient en réalité liés à un handicap. J’ai appris à parler en lisant sur les lèvres et j’arrivais à dialoguer avec les autres enfants et ma famille en étudiant leurs expressions faciales et en lisant sur les lèvres. Puis, à 7 ans, après plusieurs critiques des professeurs sur mon attitude ignorante envers leurs questions, une visite médicale puis un scanner ont révélé une anomalie. Mes parents étaient sous le choc et surtout désolés de ne pas l’avoir vu plus tôt.

 

J’ai été appareillée pour la première fois à 8 ans.

J’ai eu une période de refus de l’appareil pendant quelques années. Découvrir le vrai monde, les vrais bruits, l’eau, les oiseaux, les notes de musiques, était incroyable mais aussi effrayant et très désagréable quand il s’agissait des bruits de papier, de la vaisselle, des klaxons … 

Une fois appareillée, mon insertion a été beaucoup plus facile avec les autres enfants, mais il y a toujours cette forme d’exclusion que l’on subit de la part des entendants. J’ai réussi à vaincre ma timidité grâce au théâtre que je pratique encore aujourd’hui et qui m’a appris à me lâcher et m’exprimer.

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L’ignorance de ce handicap provoque de la violence mais surtout de la souffrance.
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C’est au collège que tout s’est compliqué.

J’ai beaucoup déménagé et donc changé d’école, avec un handicap, c’est très dur. Le collège, pour moi, je l’ai mal vécu. J’avais des petits appareils et je parlais normalement mais le handicap était là… Je n’ai jamais eu d’aide pour ma scolarité au collège, aucun appui, rien. 

Les professeurs refusaient de voir mon handicap comme s’ils avaient peur de cette différence qui n’est pourtant pas horrible en soi. Mon seul appui était celui de mes parents, on a dû se battre toute ma scolarité, peu importe les établissements, pour être aidés car je subissais des moqueries de la part des autres élèves mais aussi de la part des professeurs. Une de mes professeurs au collège m’a plaqué contre une porte devant une centaine d’élèves car je n’avais pas entendu qu’elle m’avait demandé de tenir la porte aux élèves derrière moi. Ce genre d’humiliation reflète toute ma vie, l’ignorance de ce handicap provoque de la violence mais surtout de la souffrance. J’avais l’impression d’être un clown pour les professeurs et les enfants, comme si on se servait de moi pour faire rigoler les autres car je répondais de travers ou je ne réagissais pas. 

Comment peut-on à 9-15 ans réussir à accepter son handicap et surmonter tout ça sans en garder des traces ? Comment peut-on demander à une petite fille malentendante de se débrouiller avec ses camarades et ses professeurs pour les avertir de son handicap ?

Au fil des années je suis quand même tombée sur des personnes extraordinaires qui feront toujours partie de ma vie, par leurs aides qui ont été pour moi un énorme cadeau. 

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Ce handicap ne m’a pas empêché de faire ce que j’aime.
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Arrivée au lycée, ma vision du monde à changé.

Je me suis dit, "tu changes d’école, tu vas assumer ton handicap". Tout ce que j’ai vécu, je l’ai transformé en force et à partir de là, tout a changé. J’ai appris qu’en assumant un handicap, rien ne pouvait arriver. Je me suis fait énormément d’amis, je me suis en quelque sorte révélée. En fait, j’ai compris que lorsque tu te considères normalement, les autres vont aussi te considérer normalement et même, vont te respecter encore plus du fait de ton handicap.

J’ai appris aux autres mon handicap, même à en rigoler, et plus personne ne pouvait m’atteindre après tout ça. Je n’ai toujours pas eu d’aide pour mes cours, aucune personne dédiée au handicap à qui parler, jusqu’en classe de Terminale où un responsable tiers-temps m’a épaulé pour la première fois de ma vie. Les professeurs faisaient beaucoup plus attention, des courriers étaient faits etc. Malheureusement à la faculté, je ne suis plus suivie et je suis de nouveau en difficulté. Je n’ai heureusement jamais redoublé. 

À partir de ma Terminale, j’étais de plus en plus épuisée, je sentais que mes appareils ne me suffisaient plus. Après mes nombreux suivis annuels, mon ORL m’a annoncé que j’avais quasiment tout perdu à l’oreille droite et que la gauche n’était pas loin non plus. Elle m’a donc suggéré de subir l’opération d’un implant cochléaire à l’oreille droite en juillet 2019. J’ai accepté et je me suis faite implanter de l’oreille droite en octobre 2019, il y a 6 mois maintenant. Je suis très heureuse avec mon implant aujourd’hui, je ferais sûrement l’oreille gauche dans quelques années. Ce handicap ne m’a pas empêché de faire ce que j’aime : le cinéma, j’ai d’ailleurs fait quelques clips musicaux où je fais de la langue des signes que j’apprends depuis le lycée. Mon rêve est d’être actrice pour la télé ou le cinéma.

Rose Paynel et son implant cochléaire
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Il y a quelques semaines j’ai eu la chance d’avoir été en lien avec la Fondation Pour l’Audition et j’en suis très heureuse. J’espère que mon témoignage aidera quelques personnes et fera réfléchir. Je subis encore aujourd’hui des formes de discrimination. Je pense que la génération d’aujourd’hui fera bouger les choses et que si on apprend aux autres à connaître notre handicap, et notre réalité quotidienne, l’avenir sera très prometteur pour la communauté des sourds et des malentendants."

 

Rose Paynel fait partie de la première promotion d'étudiant.e.s sourd.e.s ou malentendant.e.s de la Fondation Pour l'Audition. Vous souhaitez la rejoindre parmi d'autres étudiant.e.s ? Inscrivez-vous dans le formulaire.

 

Merci à Rose d'avoir partagé avec nous son parcours ! Si vous souhaitez vous aussi soumettre un témoignage, c'est par ici !