Sous-titre

Susanna Pietropaolo

Appel à projet laboratoire (05/01/2021)

2020

Accroche

Identifier de nouvelles molécules pour traiter l’hyperacousie et les acouphènes.

À l’Institut de neurosciences cognitives et intégratives d’Aquitaine, à Pessac, Susanna Pietropaolo tente de trouver un traitement contre l’hyperacousie et les acouphènes, des anomalies de la perception auditive qui peuvent être très invalidantes au quotidien.

Contenu
Body

L’hyperacousie – la perception exacerbée des sons – et les acouphènes – la perception de sons « fantômes » induisant un bruit de fond permanent – sont des dysfonctionnements acoustiques qui peuvent retentir fortement sur la qualité de vie de ceux qui en sont atteints. À ce jour, aucun traitement efficace n’est en effet disponible. Il s’agit pourtant d’un véritable enjeu de santé publique, avec notamment 20 millions de Français qui souffrent d’acouphènes, selon l’enquête JNA-IFOP de 2020. Susanna Pietropaolo, neuroscientifique au CNRS, tente avec son équipe de trouver une solution pharmacologique à ces pathologies.

Il a été décrit, chez des patients atteints de maladies génétiques rares et qui présentent une hyperacousie ou des acouphènes, que certaines structures nécessaires à la communication entre cellules nerveuses fonctionnaient mal ; il s’agit de canaux ioniques, ainsi appelés car ils permettent l’entrée et la sortie d’ions dans la cellule. Or ce sont ces flux d’ions qui sont à l’origine de la propagation du signal nerveux.

« Le soutien que nous apporte la Fondation Pour l’Audition est fondamental pour ce projet très complexe. Nous avons pu recruter une doctorante et une technicienne, qui vont s’y employer à 100 % pendant 3 ans ; mais aussi compléter l’équipement nécessaire pour les tests comportementaux sur nos modèles. »

Repositionner des médicaments

Susanna Pietropaolo résume sa démarche, basée sur ces constatations : « Afin de vérifier que le dysfonctionnement des canaux ioniques est en cause dans les anomalies auditives de ces patients, nous voulons tester l’effet de molécules qui ciblent ces canaux pour contrebalancer leur déficit. ». À ce stade, l’équipe va travailler chez des souris modèles qui miment ces maladies génétiques rares, le syndrome de l’X fragile* et le syndrome de Williams-Beuren**. « Nous avons aussi commencé à développer un modèle murin d’acouphènes, précise la chercheuse. Il nous faut en outre mettre au point un protocole susceptible d’évaluer les symptômes auditifs chez nos animaux. Il comportera notamment des tests comportementaux. ». L’équipe procédera à l’injection de molécules déjà utilisées dans certaines maladies. En cas de résultat positif, l’emploi de médicaments disponibles immédiatement sera un gain de temps sur la mise au point du traitement. « De plus, nos études devraient permettre d’éclairer les mécanismes en jeu dans l’hyperacousie et les acouphènes », conclut la chercheuse.

Docteur Susanna Pietropaolo
Chercheur
Institut de Neurosciences Cognitives et Intégratives d'Aquitaine,
Université de Bordeaux, France

*Syndrome de l’X fragile : maladie génétique rare caractérisée notamment par un retard de développement, une déficience mentale plus ou moins sévère, des troubles du comportement relevant souvent des troubles du spectre autistique, associés à une hyperacousie.

**Syndrome de Williams-Beuren : maladie génétique rare caractérisée par un ensemble d’anomalies comme des malformations cardiaques, des déficits cognitifs, une hyperacousie.